Fans de foot pour l’EM : les actions et le succès d’Empty Stands

Photo d'une tribune de match de foot. Les supporter portent une bannière : "Cure ME/CFS" (Guérissez l'EM/SFC). Deuxième bannière en allemand : "Arraché à la vie quotidienne, mais jamais seul".
© Supremus Dilectio

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En mai 2026, nous avons eu le plaisir de rencontrer l’association allemande “Empty Stands”. C’est une association de supporters de foot qui ont l’EM, le Covid Long ou des syndromes Post-​Viraux. Elle organise des événements de sensibilisation avec beaucoup de succès et encourage à faire des dons à la fondation allemande ME/​CFS Research Foundation.

Dans cette première partie de l’entretien, Aiden et Julian expliquent la fondation et les actions d’Empty Stands.

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Que signifie “Empty Stands” ?

Aiden - Alors, en anglais, “Empty Stands” signifie “tribune vide”. Nous voulons dire que nous, supporter-​ice‑s de foot avec l’Encéphalomyélite Myalgique (ou EM/​SFC), le Covid Long ou des syndromes post-​vac, nous ne pouvons plus aller dans les stades et que nos places sont vides. Avec ce nom, nous voulons attirer l’attention sur le fait que nous sommes absent-​e‑s, et surtout celleux qui sont en état sévère ou très sévère, pour lesquel-​le‑s même cette interview serait impossible, sont absent-​e‑s.

Les sièges sont-​ils vides dans les tribunes ?

Julian - En fait non, les sièges ne sont pas littéralement vides. C’est plutôt symbolique. Je ne peux plus assister aux matchs, mais j’ai gardé mon abonnement, et je l’ai confié à quelqu’un qui n’en avait pas avant. Il peut assister aux matchs avec ma carte aussi longtemps que la maladie m’en empêche. Donc ma place n’est pas vide, d’une certaine façon je suis remplacé.

Aiden - D’autres rendent leur abonnement avec la mort dans l’âme. Celleux qui n’ont pas d’abonnement, comme moi, arrêtent tout simplement d’acheter des tickets. Dans la plupart des cas, d’autres supporter-​ice‑s viennent occuper nos sièges. Mon absence à moi est perceptible au-​delà du stade, parce que je fais partie d’un groupe qui s’intéresse à la durabilité et à l’environnement au sein du club.

Julian — Même quand nos places ne sont pas vides, on manque aux gens autour de nous, aux autres fans, car on faisait partie d’un groupe et notre absence se voit.

C’est quoi, être un fan de foot ?

Aiden - Je suis devenu supporter de foot quand j’étais encore en bonne santé. Pour moi c’était un moyen de passer du temps avec mes ami-​e‑s, ça me donnait le sentiment d’appartenir à un groupe. Ce que j’apprécie tant dans le foot, bien sûr c’est le sport, mais aussi le fait que nous sommes tous égaux. Là où j’étais assis, il y avait un avocat à droite, un apprenti à gauche, à côté un commercial, devant moi des étudiants, derrière moi une mère de trois enfants… mais à cet instant, dans le stade, nous étions seulement des supporter-​ice‑s. J’aime beaucoup ça. D’où tu viens, ce que tu fais, qui tu es, tout ça n’a plus d’importance. Ce qui compte, c’est que tu portes les couleurs de ton club et que tu le défendes.

Il y a aussi les matchs en extérieur. J’ai voyagé dans toute l’Allemagne avec mon groupe, et on vit des aventures ensemble, on voit des lieux qu’on aurait jamais imaginé. Pour moi, c’est tout ça qui fait le foot. Parce que tu sais que tu n’es pas seul. Quand j’ai déménagé, les fans que j’ai rencontré pour la toute première fois au stade m’ont dit directement : “Tu déménages ? On va t’aider, aucun problème !” C’est une solidarité qui s’instaure de manière toute naturelle.

Comment Empty Stands a été créé ?

La rédaction — Sur votre site internet, on trouve des photos de banderoles pour l’EM/​SFC dans des tribunes de stade dès 2018

Aiden - Ce n’était pas encore Empty Stands. ça vient de mon club, Herta BSC, là où je suis supporter. Parmi les membres actifs qui participent à la vie du club, une personne est tombée malade de l’EM. À cause de ça, depuis 2018, tous les ans, en mai, des supporters sensibilisent à l’EM/​SFC, en affichant une banderole dans des stades.

Julian - Oui, c’était des actions isolées, comme à Nuremberg, à Francfort, Herta, avec seulement des banderoles. En fait, les banderoles ne sont pas très visibles pour le spectateur de base à la télé.

Et après, le Covid est arrivé ?

Aiden - Avant le Covid, il y avait des supporter-​ice‑s isolé-​e‑s, qui étaient malades de l’EM, qui ne savaient parfois pas de quoi iels étaient malades. Depuis la pandémie de Covid, encore plus de gens ont développé l’EM.

Julian - La pandémie de covid a déclenché une vague de maladies : de plus en plus de personnes ont contracté l’EM, le Covid Long est apparu. La question de l’EM, du Covid Long et du post-​vac est devenue très importante, en nombre et en intensité.

Aiden - Au bout qu’un moment ça a énervé les supporter-​ice‑s tombés malades de ne plus pouvoir regarder de match de foot. J’avais 17 ans et je me disais : “tu ne tiens plus debout longtemps, tu ne peux plus aller au stade, tu as des douleurs, rien ne fonctionne… c’est pas possible que tu sois seul avec ça.” Et il y en avait beaucoup d’autres comme moi ! Donc nous nous sommes retrouvé-​e‑s sur les réseaux sociaux et nous avons monté un groupe.

Julian - C’est suite au Covid qu’un groupe comme le nôtre a pu se constituer. Je ne sais pas s’il y aurait eu Empty Stands sans cette pandémie de Covid.

Empty Stands a été fondé en 2024

Julian - Et donc Empty Stands a été fondé en octobre 2024. Les premiers fans avec l’EM ont fait connaissance, et là les actions ont vraiment commencé. La première action a eu lieu dès janvier 2025.

Aiden - Ce qu’il y a de bien avec Empty Stands, c’est qu’on vient de différents clubs de foot. Je crois qu’on doit avoir des gens de 40 clubs différents aujourd’hui. En fait, au stade, ce sont des supporter-​ice‑s qui se font face et qui sont adversaires. Mais les mêmes, réunis dans Empty Stands, savent qu’il y a des choses qui sont plus importantes que les rivalités du stade. C’est pour ça qu’on a décidé de prendre les couleurs noir et blanc pour notre logo. Comme ça, on essaie de représenter tout le monde, tous les clubs, quelles que soient leurs couleurs. Chez nous, aucun supporter n’est exclu.

Julian - Oui, l’important c’est que les couleurs soient neutres.

Vous ne militez pas seulement pour l’EM, mais aussi pour le Covid Long et le Syndrome Post-Vac ?

Julian - La plupart d’entre nous sont concerné-​e‑s par l’Encéphalomyélite Myalgique et ses symptômes. C’est donc le terme dominant, celui qui est arrivé en premier. On a ensuite décidé d’ajouter le terme Covid Long, car parmi les personnes qui nous ont rejoint certaines se retrouvent avec un Covid Long sans symptôme de l’EM/​SFC. Et enfin, sont venues des personnes qui ont un Syndrome Post-​Vaccinal même sans avoir l’EM/​SFC.

Une raison de plus d’inclure le post-​vac c’est qu’il est encore plus stigmatisé et encore moins pris au sérieux, et parfois même il est repoussé comme un phénomène de droite, ce qui est vraiment n’importe quoi. 

Nous avons repris ces trois maladies pour que tout le monde se sente représenté, mais aussi pour lutter contre la stigmatisation du post-vac.

Empty Stands est-​il un acteur politique ?

Julian - Notre rôle premier n’est pas politique, mais nous ne restons pas non plus à l’écart de la politique. Nous portons des messages politiques au grand public. Quand on s’adresse à des supporter-​ice‑s de foot, on touche de larges pans de la société. On touche toutes les orintations politiques, tous les groupes sociaux…

Nous avons récemment fait une banderole portée par le FC Hoffenheim : “Forschung, Versorgung, Auflkärung, Prävention” (ce qui signifie “recherche, traitement, formation, prévention). Ce sont nos quatre revendications politiques centrales, et on les diffuse aussi dans la société. Nous ne travaillons pas avec des acteurs politiques ni des partis. Ce sont d’autres organisations qui s’en chargent. Mais nous nous sentons responsables de porter les revendications de toustes les malades, au-​delà du foot, dans la société, afin qu’elles soient enfin entendues sur la scène politique.

Aiden - Cette maladie est politique.… l’échec de la prise en charge est politique. Le foot, c’est ce qui nous relie et c’est aussi le moyen par lequel on peut porter nos revendications. On peut continuer à suivre un peu notre passion, mais aussi à utiliser les avantages du foot pour diffuser notre message.

Quelles sont vos actions ?

Au tout début

Les affiches de la LiegendDemo

Julian - Au tout début, en 2024, l’idée c’était que les gens se réunissent pour écrire à des club de foot, pour savoir s’ils étaient d’accord pour afficher des campagnes de sensibilisation de la LiegendDemo. Ce n’était pas de grandes actions dans les stades, seulement des affiches.

Logo de l'initiative #LiegendDemo

Groupe d’entraide

Julian - Ensuite, de plus en plus de gens ont rejoint Empty Stands, c’est devenu en parallèle un groupe d’entraide et de soutien pour les fans. Nous sommes beaucoup de personnes concernées, et nous échangeons autour des problèmes du quotidien, pour nous entraider.

Organiser des campagnes avec les clubs

Aiden - En même temps, les clubs ont manifesté leur intérêt pour des campagnes plus importantes. Et donc Empty Stands est aussi devenu un groupe militant. Ça s’est fait naturellement en quelque sorte. Aujourd’hui, nos campagnes sont de plus en plus importantes. 

Grandes actions autour des matchs

Première à Brême en 2025

Aiden - Nous avons été surpris de la façon dont nos actions se sont développées si vite depuis 2025 ! Une première grande action a eu lieu à Brême : une video de sensibilisation projetée sur un grand écran ; et puis quelqu’un de la ME/​CFS Research Foundation1 a été interviewé, et on avait un stand d’info, il y avait une grande banderole dans le stade. Même le speaker du stade s’est adressé aux vingt ou quarante mille personnes 20 minutes avant le match et a parlé de l’EM/​SFC…

Cette la première grande action, et elle a pu avoir lieu car quelqu’un du club de Brême est concerné par l’EM, et qu’on était en contact étroit.

Après avoir fait une telle action, on est perçu comme une référence, on nous fait confiance. Et c’est plus facile d’établir le contact avec de nouveaux clubs qui ne nous connaissent pas encore personnellement. Ça nous est arrivé aussi de tomber sur un club où un des membres du personnel était concerné par l’EM, qui avait déjà entendu parler de l’EM, et qui avaient aussi un intérêt propre à nous soutenir.

C’est aussi arrivé que nos actions inspirent d’autres clubs, qui mettent en place leurs propres événements organisés par des sponsors, sans avoir besoin de notre aide. Nous apprécions quand d’autres personnes s’y mettent, car nos propres capacités sont limitées. 

Les choses se sont développées par elles-​mêmes avec une ampleur que nous n’aurions jamais imaginée il y a un an. Nous avons été très actifs pendant tout le printemps 2026 — heureusement que c’est la pause d’été maintenant. Je suis optimiste que cela continue et j’espère que cet élan persiste. 

Les stands aux portes des stades

Pendant l’entrée des joueurs dans le stade

Quand les joueurs portent des brassards

Une interview d’Empty Stand dans le stade avant le match

Au-​delà du stade, la SpendenLiga (Ligue des Dons)

Dans la seconde partie de l’entretien, Aiden et Julian racontent les réactions très positives des fans de foot qui découvrent l’EM et l’organisation d’Empty Stands. Ils parlent de leur succès en Allemagne et invitent les fans de foot francophones à participer ! 

  1. La ME/​CFS Research Foundation est une fondation de droit privée créée en Allemagne en 2022 par des personnes avec EM, leur entourage et des mécènes engagés. Son but est de rassembler des dons en faveur de la recherche biomédicale sur l’EM, plus particulièrement sur le diagnostic et le traitement de l’EM. ↩︎

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